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La cathédrale retournée de Cordoue

Publié par Sabine Canneva le 11/05/2010

La cathédrale de Cordoue est un bâtiment déroutant. C’est le bâtiment le plus emblématique de la ville, visité par des milliers de touristes tous les ans. Eglise ou mosquée, on ne sait plus très bien tant les deux sont entremêlées par leur histoire conflictuelle. En effet, la cathédrale prend place carrément au milieu de l’ancienne mosquée, qui était l’une des plus grandes du monde arabe. Construite par les maures andalous, puis reconquis par les rois chrétiens, le bâtiment porte en lui les batailles entre les deux religions.

 Le bâtiment dans sa configuration actuelle a une signification ancrée dans l’époque qui l’a fait naitre, et son sens géographique en est révélateur.

En entrant dans la pénombre, on est fascinés par cette forêt de piliers qu’on remonte à contre-courant. Des feuillages merveilleux et stylisés nous entourent, des colonnes de marbre, torsadées, cannelées, ou droites, de couleur blanche, grise ou noire. Les arcs bicolores au dessus de nos têtes se croisent inlassablement jusqu’à perte de vue.

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Et puis soudain au centre de l’édifice la lumière d’une énorme coupole nous attire. Construite au 16e siècle, elle rivalise en prouesse technique avec les bâtiments les plus novateurs, modernes et audacieux qui existent en Europe par sa forme ovale inhabituelle et par sa hauteur. On est écrasés par cette taille vertigineuse, et par le blanc de la coupole, la richesse des décors, la finesse des stalles. Elle constitue un puits de lumière au milieu des ténèbres de l’ancienne mosquée. 

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La juxtaposition de styles artistiques différents n’est pas incompatible avec l’esprit « baroque » de l’arabesque, du décor sans fin, de l’extraordinaire. On peut voir en effet un chapiteau corinthien qui supporte un arc arabe derrière lequel on a mis une peinture renaissance dans un cadre du 17e  siecle doré à l’extrême. Les messages architecturaux s’entrechoquent et perdent le visiteur, on cherche la cohérence du tout. On y perd le Nord, les styles s’entrechoquent, les vocabulaires architecturaux se mélangent.

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Le sens de l’édifice, ou plutôt les deux sens de l’édifice s’éclairent lorsqu’on découvre le Mirhab.

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C’est la niche vers laquelle les musulmans se prosternent pendant la prière. Comme il est interdit de représenter Dieu, l’architecture des mosquées prévoit une simple niche vide pour symboliser qu’on ne peut représenter l’immensité de Dieu. C’est dans un petit coin de la cathédrale qu’on découvre ces arabesques multicolores et majestueuses, dont les périphrases pour désigner Dieu sont écrites en lettres d’or autour du Mirhab. Celui-ci organise clairement l’alignement des colonnes vers lui tourné dans la direction du Sud Est. Les colonnes supportent les arcs bicolores et tournent le regard vers lui. Les ajouts chrétiens apparaissent alors comme plaqués violemment pour casser définitivement cet axe et en imposer un nouveau vers le Nord Est. La coupole déchire l’axe musulman. Le bâtiment perd toute son orientation et son effet architectural, son harmonie, sa beauté même. Les ajouts de la Renaissance écrasent par leur hauteur et leur lumière la délicate pénombre des arcs en plein cintre de la mosquée. Non seulement la coupole s’adosse à l’ancienne mosquée, mais elle la dépasse, comme si l’architecture chrétienne voulait montrer sa supériorité technique sur les « ténèbres » des Maures. L’autel  principal éclate de gloire, de dorure et de lumière, comme le mobilier tout d’argent et d’or sculpté qu’on a mis à l’abri dans les vitrines du trésor de la cathédrale. Le visiteur ne peut qu’être impressionné par cette démonstration grandiose de la victoire de la chrétienté sur les mahometans. C’est bien un des buts de cet édifice que d’entériner la victoire des nouveaux vainqueurs dans la plus belle et plus grande ville Maure.

Savoir qui a construit la première implantation religieuse sur ce site, des chrétiens ou des maures, rejet une importance capitale dans le débat de savoir, qui de l’église ou de la mosquée doit être le mieux préservée. Il s’agit aussi de défendre la construction de la cathédrale au beau milieu de cette magnifique mosquée, et qui a bien failli être totalement détruite. Le diocèse défend la thèse selon laquelle il existait une ancienne cathédrale Saint Vincent, sur les ruines de laquelle les Arabes ont construit la gigantesque mosquée. Il reste dans la partie mosquée de la cathédrale un enclos où on peut voir des restes de mosaïques manifestement antiques.

A ce conflit de dates, de savoir qui est le premier, le bâtiment a bien failli en pâtir définitivement. Le programme architectural de la mosquée de Cordoue a été complètement démonté : la cour des orangers, lieu des ablutions rituelles, n’est plus qu’un jardin d’agrément où les fontaines servent à l’irrigation des orangers et au repos du touriste. Une église n’a en effet pas besoin de jardin, et même si certaines ont en été pourvues, il ne s’agit pas d’un élément de son architecture. Ici le jardin a été tant bien que mal transformé en cloitre, puisque la cathédrale abritait des chanoines, religieux prêtres en charge de paroisses, mais vivant en communauté comme des moines. Conçu comme le successeur de l’Atrium romain, il doit être au centre de la maison et en desservir les pièces, pourtant ce cloitre est disproportionné pour un tel usage.

La salle de prière gigantesque où s’alignent les fidèles sur des tapis était aussi inadaptée au « spectacle » liturgique de l’époque. Cela demandait une scène en hauteur, et des espaces d’un seul tenant pour contenir les chanoines et les fidèles. La partie de la mosquée  a donc été en partie recyclée par des chapelles aménagées dans les cotés, là aussi plaquées dans l’architecture musulmane. Enfin, le minaret a été transformé en clocher pour les besoins de la cause.

Ce magnifique édifice complexe s’éclaire donc en changeant le sens de son regard plutôt que de voir la lumière criante ; il faut parfois s’intéresser à la pénombre, allégorie de la conversion peut- être !...

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Tags: Andalousie, cathédrale, Cordoba, Cordoue, Espagne, Mezquita, mosquée, reconquista

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