La chapelle des os à Evora, hymne à la mort

Publié par Sabine Canneva le 10/06/2010

Lugubre… quand on rentre dans cette chapelle, elle ressemble à une crypte. D’assez beau volume, elle est constituée d’une nef centrale et deux bas cotés, séparés par des arcs. Les murs paraissent en mouvement par l’effet des nuances de gris, et la décoration s’inspire de l’architecture courante dans les églises, d’autant que le plafond a une peinture florale assez fraiche. En s’approchant, on s’aperçoit que tout l’intérieur de la chapelle est recouvert… d’ossements humains ! des crânes fixés les uns sur les autres vous regardent aux arrêtes des voutes, on voit le mortier qui a servi à les coller qui ressort légèrement par les yeux.

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Sur les murs, on a collé des tibias les uns au dessus des autres, tous de la même taille, pour former l’impression de pilastres. Dans les petites niches en haut des murs, on a mis des rotules ce qui donne un aspect bosselé très raffiné. La lumière étant tamisée, tous ces ossements d’une couleur entre le blanc, le jaune, et toutes les nuances de gris jusqu’au presque noir donnent un effet de mouvement assez réussi. Les murs sont aussi bosselés, ce sont des hauts de crânes et des têtes de fémur collés les uns à coté des autres.

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Cinq mille personnes ont contribué à la décoration intérieure de cette chapelle. Un léger dégout apparaît en voyant tous ses ossement, mêlé de gène face à l’irrespect envers tous ces morts.

 

Cette chapelle a été construite par un moine franciscain au 16e siècle pour montrer à ses frères la vanité de la vie et les pousser à la conversion. A l’entrée de la chapelle, il est indiqué :

« nous, os qui sommes ici, attendons les autres.»

 

Le message est violent, mais imparable : mortels nous sommes, morts, nous finirons.

 

On peut toutefois s’interroger sur la santé mentale d’un moine qui se lance à déterrer des milliers de cadavres pour en recouvrir les murs d’une église, et à exalter la mort alors que sa religion est basée sur la résurrection précisément. On peut se demander pourquoi personne ne s’est élevé contre ce qui peut être considéré comme de la profanation de cimetière. Enfin, on peut se demander pourquoi on fait toujours visiter cette chapelle, décidemment d’un gout douteux.

 

Cette fascination de la mort est liée à l’époque à laquelle cette chapelle a été construite, bien loin de notre refus et peur de la mort. Voir cette mort étalée aussi crûment choque notre habitude de la cacher, jusqu’à l’oublier, ou vouloir la maitriser. Le dix-septième siècle est morbide parce qu’il exalte la mort qui est vue comme romantique. C’est l’époque des tableaux qu’on appelle des vanités, où un saint homme ou un notable tient dans sa main un crâne, pour nous faire méditer sur le caractère vain de notre existence terrestre, en dehors du Salut divin.

Cette fascination du lugubre et de l’extraordinaire se vend particulièrement bien aux touristes, c’est sans doute ce qui a sauvée ce monument témoin d’une époque révolue. 

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