Longue route vers la vérité

Publié par Sabine Canneva le 20/06/2010

Santiago de Compostela résonne de la marche millénaire des pèlerins, venus au bout de l’Espagne par millions à pied, en bateau par des routes médiévales balisées par leurs lointains ancêtres. La route de Saint Jacques, ou simplement « faire Saint Jacques » est une aventure ; physique d’abord, on ne s’engage pas dans plusieurs centaines de kilomètres la fleur au bâton, au risque d’être rattrapé par une tendinite après seulement quelques jours.

C’est une aventure humaine ensuite qui se fait seul souvent, face à soi-même pendant les longues semaines que durent le voyage, face aux difficultés de la route, aux souffrances d’un corps trop habitué aux voitures et autobus.

Ce peut être une aventure sociale aussi de partir de chez soi, et de son travail pendant des semaines, de rencontrer des marcheurs des quatre coins de la planète, plus ou moins en rupture avec la société.

 

Le pèlerinage vers Saint Jacques de Compostelle est à la mode. Il passe il est vrai dans des paysages très divers et superbes, et son organisation favorise le tourisme de randonnée de masse. A l’origine, croit-on, le tombeau de l’apôtre Saint Jacques vers lequel afflue depuis le Moyen Age les pèlerins fervents. Comme souvent, les croyances qui semblent les plus « pures » et inattaquables doivent être regardées de près pour lever quelques erreurs.

 

Un Saint Jacques multiple

Qui est Saint Jacques ? l’apôtre ! mais lequel ? Les Evangiles citent Jacques, fils de Zébédé et frère de Jean, mais aussi Jacques, fils d’Alphée, ou encore Jacques, frère de Jude, qu’on tenta de différencier avec les appellations Jacques le Majeur ou le Mineur au Moyen Age. Les exégètes ne sont pas d’accord sur ces homonymes, et sont bien en peine d’attribuer précisément les rôles de chacun des deux apôtres, et de l’auteur de l’Epitre de Saint Jacques. C’est en effet surtout cette épitre « catholique », c'est-à-dire adressée à toutes les communautés chrétiennes de l’époque, qui a fait connaître ce fameux Jacques. La prédication de Jacques, martyrisé par Herode n’a pas été une « réussite ». Selon l’expression de Denise Péricard Méa, Saint Jacques est « une figure médiévale composite », pour les populations de l’époque, peu importe les vérités historiques précises. Le culte à Saint Jacques est donc rendu à un ensemble de traditions relevant des différents personnages historiques appelés Jacques. En outre, Saint Jacques est partout et pas uniquement en Galice. En effet, les pèlerinages et dévotions sont rendus principalement localement. Chaque région dispose d’un sanctuaire qui draine les pèlerins, bien plus que Compostelle.

 

Des traditions erronées


Plusieurs corps entiers, plusieurs têtes, des corps sans têtes et des morceaux de bras, jambes…le pauvre Saint Jacques est en morceaux entre la France et l’Espagne et même à Jérusalem. Pourtant, aucun problème jusqu’au 15e siècle nous indique Denise Péricard Méa, témoignages à l’appui. Le moine Guibert de Nogent au XII siècle indique « ceux qui honorent de fausses reliques sans le savoir ne pèchent pas ». On est bien loin de la méthode scientifique. La vérité absolue n’a pas d’importance, puisqu’il s’agit de foi. Il est donc certain que les reliques de Compostelle ne sont pas de l’apôtre Saint Jacques;

Au moins, la tradition des routes du pèlerinage doit-elle être vraie, les sentiers tracés par les hordes de pèlerins ne pouvant pas mentir. Et finalement, là encore, l’imagerie populaire est erronée. D’abord, le nombre de pèlerins a toujours été très faible vers Compostelle. Seuls quelques dizaines sont recensés, et même l’Eglise décourageait-elle ces périples lointains dangereux et d’un prix exorbitant. Qui pouvaient ainsi s’absenter pendant au moins trois mois, dépenser des sommes considérables en transport, affronter les conditions de voyages périlleuses, et risquer sa vie, voire sa moralité dans des auberges lointaines ? Bien souvent les nobles ayant quelques péchés ou crimes à faire oublier, mais certainement pas des centaines de paysans abandonnant leurs champs. Quant aux routes qui sont désormais balisées depuis le nord de l’Europe ; les routes de Tours, Vézelay et du Puy en Velay, elles paraissent alimenter Compostelle. Toujours selon les recherches historiques récentes, il a été montré que les rares pèlerins empruntaient tout simplement les routes commerciales du moment, moyen le plus simple, rapide et sûr de voyager à l’époque ! Le nombre très faible de voyageurs qui faisaient le voyage jusqu’en Espagne ne permettait pas de constituer des lieux qui leur auraient été spécifiques. En revanche, et de là vient sans doute la confusion, il existe en France un nombre considérable de lieux de dévotion à Saint Jacques. Les « chemins de Saint Jacques » sont en réalité les accès à ces nombreux sanctuaires dans chaque région. Pour exemple, la toponymie à Angers, ville détentrice d’une importante relique jacquaire, est riche de références à saint Jacques, les lieux portant les noms de Saint Jacques étant plutôt disposés en étoile autour du tombeau du Saint, et pas du tout tournés vers la route d’Espagne.

 

Saint Jacques récupéré

 

La tradition médiévale de Saint Jacques est très riche. Son étude nous plonge dans une histoire ancienne (XIe au XVe siècle) pas toujours bien connue à cause du manque de sources, et qui est très éloignée de nos mentalités du 21e siècle. Pourquoi y a-t-il autant de mythes autour de ce personnage devenu mondialement célèbre ? Pour différentes raisons, le personnage de Saint Jacques a été récupéré.

 

- Saint Jacques récupéré par l’Eglise

Le Pape a déclaré ;

"Moi, Evêque de Rome et Pasteur de l'Eglise universelle, de Saint-Jacques je te lance, ô vieille Europe, un cri plein d'amour: Rencontre-toi à nouveau. Sois toi-même. Découvre tes origines. Ravive tes racines. Revis ces valeurs authentiques qui firent glorieuse ton histoire et bienfaisante ta présence dans les autres continents"

Jean-Paul II lors de son pèlerinage à Compostelle, le 9 novembre 1982 (Insegnamenti, vol. V/3, 1982, p. 1260)

 

Puis ont eu lieu les journées mondiales de la jeunesse à Compostelle en 1989, juste avant la chute du mur de Berlin, symbole de l’unité profonde de l’Europe préalable aux multiples divisions et guerres. Le pèlerinage est désormais solidement organisé sur les chemins par des auberges spécialement adaptées aux milliers de pèlerins. De  même l’itinéraire spirituel est encadré par le crédential, passeport que le pèlerin doit faire valider à chaque étape pour prouver qu’il a bien effectué le pèlerinage. Celui-ci est considéré comme valide si le pèlerin a effectué les 100 derniers kilomètres à pied (ou les 200 derniers à vélo). Toutefois, on a vu que l’Église n’encourageait pas vraiment cette aventure au Moyen Age. Les choses changent, et les chrétiens ayant besoin d’événements forts, comme les grands rassemblements dans le style des JMJ, ce genre d’activités spiritualo sportives connaît un engouement phénoménal.

 

- Saint Jacques récupéré par le tourisme

Le Conseil de l’Europe en 1984 a préconisé de mettre en valeur les chemins de pèlerinage, dont celui de Saint Jacques en particulier. Comme beaucoup de sites désormais, les « chemins de Saint Jacques de Compostelle » ont fait l’objet d’un classement au titre du patrimoine mondial de l’Unesco en 1987. Dans ce classement, les routes en elles mêmes, et un certain nombre de sites en lien avec ce chemin :

 

 Tout au long du Moyen Âge, Saint-Jacques-de-Compostelle fut la plus importante de toutes les destinations pour d'innombrables pèlerins venant de toute l'Europe. Pour atteindre l'Espagne, les pèlerins devaient traverser la France, et les monuments historiques notables qui constituent la présente inscription sur la Liste du patrimoine mondial étaient des jalons sur les quatre routes qu'ils empruntaient. 

Description sommaire des chemins de Compostelle classé par l’Unesco.

 

On a vu que cette description comporte des exagérations, voire carrément des contre vérités historiques. Un certain nombre de monuments sur la « route » ont été classés dans ce grand ensemble, alors qu’ils ne dépendent pas de Compostelle. Le grand public a du mal à le croire désormais, mais les recherches historiques récentes l’ont montrées, des monuments comme la cathédrale Notre Dame du Puy en Velay, présentée comme un point de ralliement vers Compostelle n’a en réalité que très peu à voir avec l’Espagne. Il s’agit en fait d’un sanctuaire important en lui-même où un nombre important de pèlerins se rassemblaient à cet endroit, sans poursuivre plus loin.

 

Pourquoi ces « erreurs » ? De la faute des responsables de ces sites eux-mêmes. Le classement Unesco est une procédure longue et complexe et elle est le gage de visiteurs en masse. Saint Jacques profitant d’un effet de mode et d’un engouement très fort, les sites qui s’estimaient liés au mythe de Compostelle ont profité du train pour se faire classer en même temps, au-delà de quelques approximations historiques. Modifier l’histoire en la simplifiant à outrance pour des raisons touristiques ? On est bien loin de l’image de pure dévotion que véhicule justement ce pèlerinage.

- Saint Jacques récupéré par la « tendance »

 

L’écologie, les traditions, l’authenticité, tout cela fait vendre, surtout quand il ne s’agit que de marketing. Alors que les églises sont de plus en plus vides, marcher sous le soleil sur des jolis chemins sur une autoroute piétonne où des milliers de marcheurs se suivent fait fureur. Un nombre incalculable de sites internet et de publications traitent des chemins de Saint Jacques. Informés, instruits, et pas toujours très croyants, on pourrait penser que les pèlerins ne sont pas dupes du marketing religieux dont ils sont l’objet, pas forcément par l’église d’ailleurs, mais plutôt par les « marchands du temple », que sont les aubergistes, vendeurs de souvenirs et de guides touristiques. Pourtant selon le site http://www.saint-jacques.info/premierspas.htm, 63% des pèlerins croient que les reliques de l’apôtre se trouvent à Saint Jacques.

Une simple visite à la maison de Saint Jacques à Compostelle nous apprend : qu’on ne sait pas qui est Saint Jacques, qu’on ne sait pas s’il est effectivement venu en Espagne pour évangéliser ce pays, qu’il est mort de façon sûre à Jérusalem, qu’on ne sait pas comment son corps a pu revenir à Compostelle si ce n’est par une légende selon laquelle ses compagnons l’aurait ramené et enterré, et qu’enfin, plusieurs siècles plus tard, on aurait miraculeusement retrouvé son corps à Compostelle. Bref, beaucoup de légers doutes, mais qui manifestement n’entament pas une solide réputation.

 

 

Sources

 

- Denise Péricard-Méa, Compostelle et cultes de saint Jacques au Moyen Âge, Paris, PUF,

- Passage du pseudo-turpin sur Saint Jacques. Ce texte est l’origine de la légende de Saint Jacques de Compostelle

http://www.saint-jacques.info/turpinbg2et3.html

- Site d’historiens sur la vérité de Saint Jacques de Compostelle selon des recherches scientifiques et non selon les croyances populaires.

http://www.saint-jacques.info/saintjacques.html

Tags: Espagne, Galice, Pélerinage, Saint Jacques de Compostelle

Cartuja, ile déserte

Publié par Sabine Canneva le 28/05/2010

C’est au Nord de l’Ile de Cartuja, très proche du cœur historique de Séville qu’a eu lieu l’Expo 92. Une exposition universelle fait venir un nombre incroyable de visiteurs, exige des investissements considérables, et est donc une occasion unique pour toute ville organisatrice de montrer ses compétences et d’accéder au rang de ville internationale. C’est ce qui est arrivée à Séville, comme toujours pour le meilleur et pour le pire. Devenir une « grosse » ville n’a pas que des bons cotés comme tout le monde sait bien.

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Ainsi, on peut se promener sur le site où a eu lieu l’Expo qui est désormais reconverti, tant bien que mal, en technopole. Le site était vaste, un canal a même été aménagé. Des nombreux jeux d’eau font partie du décor pour rafraichir l’atmosphère, puisqu’entre avril et octobre la température peut atteindre 45°. Les bâtiments sont positionnés dans un plan simple à angle droit, coupé par des animations architecturales futuristes.

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Un petit air retro futuriste, comme au Futuroscope de Poitiers ou comme les entreprises qui ont mis dans les années 90 l’adjectif « 2000 » dans leur dénomination sociale. Ce qui faisait moderne à l’époque fait maintenant un peu ringard. On a encouragé les entreprises à s’installer ici dans un quartier d’affaires : des banques, des entreprises Hight Tec d’informatique ou d’électronique, des architectes, des télécoms, des restaurants bien entendu pour tout ce monde, des administrations, des écoles techniques en tous genres, il y a même la fondation de la Biennale d’Art contemporain de Séville.

 Depuis dix sept ans, Séville a pris son envol, elle est devenue la capitale économique, industrielle, et culturelle de l’Andalousie. Mieux, l’Andalousie est devenue une vraie région qui compte après avoir reçu des milliards d’aides des fonds européens pour combler son retard. Comme souvent, une Expo universelle est un pari : que la ville pourra être à la hauteur et qu’elle pourra en profiter pour son développement futur. La possibilité de réutiliser ultérieurement les installations est d’ailleurs souvent un critère dans le choix des candidatures.

Ici le pari n’est pas gagné. Au lieu de réorganiser sérieusement les installations dès la fin de l’Expo, on a juste muré des entrées. On devine l’entrée d’un pavillon derrière des parpaings tagués, mais on a laissé les barrières prévues à l’époque pour canaliser la foule. On peut apercevoir la jolie promenade au bord du canal à l’ombre d’une fusée spéciale. Le symbole est fort, on marche dans le futur et dans la conquête de notre planète jusqu’aux étoiles. Mais le futur est désormais ponctué d’herbes entre les dalles, le canal est vide et les escaliers sont murés. On imagine plutôt la jeunesse désœuvrée des alentours venir ici le samedi soir pour fumer des herbes illicites.

 La vie est partie avec la foule de l’Expo. Les travailleurs de ces entreprises garent leur voiture au pied du bureau et repartent très vite chez eux. Des tentatives pour préserver ces pavillons ont lieu, de même que les classer au titre des monuments historiques afin d’en empêcher complètement la démolition. Mais au-delà de ces mises sous cloche, il reste que le quartier de la Cartuja, enclavé et à l’ambiance d’un film de Tatie n’attire pas vraiment les foules. 

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Tags: Andalousie, Cartuja, Espagne, Expo universelle, Séville

La cathédrale retournée de Cordoue

Publié par Sabine Canneva le 11/05/2010

La cathédrale de Cordoue est un bâtiment déroutant. C’est le bâtiment le plus emblématique de la ville, visité par des milliers de touristes tous les ans. Eglise ou mosquée, on ne sait plus très bien tant les deux sont entremêlées par leur histoire conflictuelle. En effet, la cathédrale prend place carrément au milieu de l’ancienne mosquée, qui était l’une des plus grandes du monde arabe. Construite par les maures andalous, puis reconquis par les rois chrétiens, le bâtiment porte en lui les batailles entre les deux religions.

 Le bâtiment dans sa configuration actuelle a une signification ancrée dans l’époque qui l’a fait naitre, et son sens géographique en est révélateur.

En entrant dans la pénombre, on est fascinés par cette forêt de piliers qu’on remonte à contre-courant. Des feuillages merveilleux et stylisés nous entourent, des colonnes de marbre, torsadées, cannelées, ou droites, de couleur blanche, grise ou noire. Les arcs bicolores au dessus de nos têtes se croisent inlassablement jusqu’à perte de vue.

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Et puis soudain au centre de l’édifice la lumière d’une énorme coupole nous attire. Construite au 16e siècle, elle rivalise en prouesse technique avec les bâtiments les plus novateurs, modernes et audacieux qui existent en Europe par sa forme ovale inhabituelle et par sa hauteur. On est écrasés par cette taille vertigineuse, et par le blanc de la coupole, la richesse des décors, la finesse des stalles. Elle constitue un puits de lumière au milieu des ténèbres de l’ancienne mosquée. 

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La juxtaposition de styles artistiques différents n’est pas incompatible avec l’esprit « baroque » de l’arabesque, du décor sans fin, de l’extraordinaire. On peut voir en effet un chapiteau corinthien qui supporte un arc arabe derrière lequel on a mis une peinture renaissance dans un cadre du 17e  siecle doré à l’extrême. Les messages architecturaux s’entrechoquent et perdent le visiteur, on cherche la cohérence du tout. On y perd le Nord, les styles s’entrechoquent, les vocabulaires architecturaux se mélangent.

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Le sens de l’édifice, ou plutôt les deux sens de l’édifice s’éclairent lorsqu’on découvre le Mirhab.

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C’est la niche vers laquelle les musulmans se prosternent pendant la prière. Comme il est interdit de représenter Dieu, l’architecture des mosquées prévoit une simple niche vide pour symboliser qu’on ne peut représenter l’immensité de Dieu. C’est dans un petit coin de la cathédrale qu’on découvre ces arabesques multicolores et majestueuses, dont les périphrases pour désigner Dieu sont écrites en lettres d’or autour du Mirhab. Celui-ci organise clairement l’alignement des colonnes vers lui tourné dans la direction du Sud Est. Les colonnes supportent les arcs bicolores et tournent le regard vers lui. Les ajouts chrétiens apparaissent alors comme plaqués violemment pour casser définitivement cet axe et en imposer un nouveau vers le Nord Est. La coupole déchire l’axe musulman. Le bâtiment perd toute son orientation et son effet architectural, son harmonie, sa beauté même. Les ajouts de la Renaissance écrasent par leur hauteur et leur lumière la délicate pénombre des arcs en plein cintre de la mosquée. Non seulement la coupole s’adosse à l’ancienne mosquée, mais elle la dépasse, comme si l’architecture chrétienne voulait montrer sa supériorité technique sur les « ténèbres » des Maures. L’autel  principal éclate de gloire, de dorure et de lumière, comme le mobilier tout d’argent et d’or sculpté qu’on a mis à l’abri dans les vitrines du trésor de la cathédrale. Le visiteur ne peut qu’être impressionné par cette démonstration grandiose de la victoire de la chrétienté sur les mahometans. C’est bien un des buts de cet édifice que d’entériner la victoire des nouveaux vainqueurs dans la plus belle et plus grande ville Maure.

Savoir qui a construit la première implantation religieuse sur ce site, des chrétiens ou des maures, rejet une importance capitale dans le débat de savoir, qui de l’église ou de la mosquée doit être le mieux préservée. Il s’agit aussi de défendre la construction de la cathédrale au beau milieu de cette magnifique mosquée, et qui a bien failli être totalement détruite. Le diocèse défend la thèse selon laquelle il existait une ancienne cathédrale Saint Vincent, sur les ruines de laquelle les Arabes ont construit la gigantesque mosquée. Il reste dans la partie mosquée de la cathédrale un enclos où on peut voir des restes de mosaïques manifestement antiques.

A ce conflit de dates, de savoir qui est le premier, le bâtiment a bien failli en pâtir définitivement. Le programme architectural de la mosquée de Cordoue a été complètement démonté : la cour des orangers, lieu des ablutions rituelles, n’est plus qu’un jardin d’agrément où les fontaines servent à l’irrigation des orangers et au repos du touriste. Une église n’a en effet pas besoin de jardin, et même si certaines ont en été pourvues, il ne s’agit pas d’un élément de son architecture. Ici le jardin a été tant bien que mal transformé en cloitre, puisque la cathédrale abritait des chanoines, religieux prêtres en charge de paroisses, mais vivant en communauté comme des moines. Conçu comme le successeur de l’Atrium romain, il doit être au centre de la maison et en desservir les pièces, pourtant ce cloitre est disproportionné pour un tel usage.

La salle de prière gigantesque où s’alignent les fidèles sur des tapis était aussi inadaptée au « spectacle » liturgique de l’époque. Cela demandait une scène en hauteur, et des espaces d’un seul tenant pour contenir les chanoines et les fidèles. La partie de la mosquée  a donc été en partie recyclée par des chapelles aménagées dans les cotés, là aussi plaquées dans l’architecture musulmane. Enfin, le minaret a été transformé en clocher pour les besoins de la cause.

Ce magnifique édifice complexe s’éclaire donc en changeant le sens de son regard plutôt que de voir la lumière criante ; il faut parfois s’intéresser à la pénombre, allégorie de la conversion peut- être !...

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Tags: Andalousie, cathédrale, Cordoba, Cordoue, Espagne, Mezquita, mosquée, reconquista

Malaga capitale de l’Europe !

Publié par Sabine Canneva le 11/05/2010

La capitale européenne de la culture en 2016 sera en Espagne d'après la nouvelle procédure de désignation. 14 villes sont en lice pour ce titre, dont Malaga qui lance ses concitoyens dans cette quête un peu à la façon des jeux olympiques. Le grand Sud andalou, oublié par la croissance économique cherche à se rattraper.

Malaga peut se permettre de rouler des mécaniques étant de loin la ville la plus importante dans cette liste. La municipalité a mis en place un rouleau compresseur pour écraser ses rivales, et on imagine que Cuenca ou Ségovie, qui affichent toutes deux 50 000 habitants ne résisteront peut-être pas au million d'habitants de l'agglomération de Malaga.

Et c'est vrai que cette ville est agréable. Des beaux bâtiments, un joli centre ville moderne avec des magasins typiques : Zara, Benethon, Massimo Dutti, Cerruti, Kookai, Max Mara,

mmm que de l'original comme vous voyez !

La Méditerranée lui donne le soleil, l'ouverture sur le monde et Malaga ne se prive pas d'en faire état. Malaga surfe aussi sur Picasso, qui a une image de plus en plus chic et moderne. Le musée Picasso est présenté comme un musée de premier plan, qui présente une facette assez méconnue du peintre. Toutefois, même si le bâtiment est très bien mis en avant, les collections sont assez modestes comparativement au tapage fait autour de ce musée.

L'Andalousie, au sud de l'Espagne, a été longtemps uniquement une province agricole et aride. Le vin, les olives et les légumes ont été sa seule richesse, jusqu'à ce que le soleil devienne la matière première de son industrie touristique. Depuis l'ère des vacances en masse, l'Andalousie cherche à s'imposer comme une destination ensoleillée toute l'année. Des villes comme Marbella, Torre Molinos, Amunecar sur la Costa del sol ne sont plus que des alignements de résidences secondaires et de retraités, sans oublier les restaurants et les boites de nuit. La candidature de Malaga, renforcée par celle de Cordoue montre l'enjeu pour le Sud de se tirer de notre fameuse crise par le haut, par le soleil. La culture est vue comme une opportunité de croissance économique, vitale en ces temps difficiles.

Cordoba, ancienne capitale des Maures, joue d'avantage sur son histoire et sa sagesse, même si Malaga a une histoire non moins longue. La ville de Cordoba est plus discrète, plus bourgeoise peut-être, et plus sûre de sa valeur puisque son centre ville est déjà inscrit sur la liste de l'UNESCO au titre du patrimoine mondial de l'humanité. L'issue de cette bataille entre ces deux villes au passé presque millénaire, l'une moderne et bruyante, l'autre forte de sa discrétion, sera donnée en 2012 ! d'ici là, d'autres villes les auront peut-être devancé et auront ravi cette couronne qui donne des ailes à la culture dans une ville.

Tags: Andalousie, Espagne, Malaga, port, sud, tourisme