La magnifique ville d’Evora rend hommage aux arts populaires dans un petit musée moderne et accueillant. La région a en effet de nombreux artisans qui produisent des produits assez différents. Des séquences documentaires présentent chaque métier de façon assez ludique :
la fabrication de poupées en argile et peintes à la main, la poterie au tour, la poterie spécifique de la région incrustée de petits éclats, le travail de l’étain, des découpes sur papier, de la laine et du tissage, ou les sculptures sur liège, récolté dans la région, son travail artisanal est donc spécifique à cette région. Sur tous les bords de route, on voit des arbres déshabillés jusqu’aux premières branches.
Evora se trouve dans la région du Portugal de l’Alentejo, centre du pays au sud de Lisbonne, zone aride et pauvre. L’artisanat était pratiqué dans les fermes dans les collines, le soir ou l’hiver, comme souvent dans les campagnes.
Ce petit musée n’a pas la prétention d’être une référence touristique majeure. Il présente les savoir-faire traditionnels en commençant par les présenter historiquement depuis la fin du 19e siècle, période qui serait « originale », ou non encore pervertie par le progrès du machinisme.
Quelques poteries, des ouvrages de broderies, ou du papier finement découpé qui ont sans doute du mal à passer tout à fait inaperçu dans nos intérieurs industriels et pratiques.
Toutefois, quelques réelles tentatives de remodeler, au sens propre, la tradition : ces poupées d’argile dont le look a été totalement transformé, pour ne plus présenter le costume traditionnel, mais une satire sociale humoristique :
Le musée présente la défense de ce patrimoine populaire comme source de l’identité nationale portugaise. Ainsi, la mise en valeur de l’artisan et du paysan sert une quête identitaire. Si les régions au Nord du Tage ont été littéralement vidées de leur jeunesse dans les années 60 par l’émigration, cette région de l’Alentejo a été un peu moins touchée. Le besoin d’affirmer la fierté d’être resté au pays et d’en assumer les traditions s’affirme ici, et le musée insiste sur ce thème.
Etre fier de ses traditions ne signifie pas rester endormi sur ses jolies poteries et sculptures de liège. Là-aussi le musée insiste et explique doctement au visiteur que la recherche d’authenticité sert l’innovation, gage de développement à l’avenir: celui du tourisme. En effet, si les campagnes se sont désertifiées au profit des grandes villes, ces calmes villages apparaissent désormais comme un havre recherché par les touristes oppressés par les grandes agglomérations européennes. Puisant dans les sources ancestrales, le musée veut nous faire croire que les artisans sont désormais les champions de l’innovation créative au service d’une « clientèle aux exigences de qualité » ; en clair, toujours les touristes.
Il suffit d’aller faire un tour dans les rues d’Evora et des villes alentours, et de regarder les articles proposés dans les boutiques pour touristes. Effectivement un magasin rue du 5 octobre à coté de la place de la Giralda présente des articles variés en liège traité.
Des sacs lookés, des portefeuilles, des articles de bureau élégants sont présentés dans les vitrines, à des prix proches de ceux des grands magasins de Paris. Celui qui veut faire des affaires au Portugal en est pour ses frais.
Les dizaines d’autres magasins présentaient quant à eux des cartes postales, des porte-clés en liège, des poteries bleues et colorés, et tous, le même modèle ou presque de repose cuillère.
On peut alors s’interroger sur la réelle innovation des artisans locaux. On peut aussi s’interroger sur les exigences de qualité des touristes, qui, bien souvent, ne veulent pas de l’authentique, mais un souvenir de voyage. Peu lui importe de savoir si la pièce a bien été peinte comme il y à 70 ans, ce qu’il veut, c’est un objet qui fasse « portugais ». On pourrait même aller jusqu’à dire qu’il veut le même repose cuillère que son voisin, qui lui aussi est venu au Portugal il y a quelques années et qui l’avait ramené en guise de trophée authentique.
Entre le discours officiel et présentable de la défense du patrimoine local et la réalité du commerce existe un fossé : la rentabilité !
Lugubre… quand on rentre dans cette chapelle, elle ressemble à une crypte. D’assez beau volume, elle est constituée d’une nef centrale et deux bas cotés, séparés par des arcs. Les murs paraissent en mouvement par l’effet des nuances de gris, et la décoration s’inspire de l’architecture courante dans les églises, d’autant que le plafond a une peinture florale assez fraiche. En s’approchant, on s’aperçoit que tout l’intérieur de la chapelle est recouvert… d’ossements humains ! des crânes fixés les uns sur les autres vous regardent aux arrêtes des voutes, on voit le mortier qui a servi à les coller qui ressort légèrement par les yeux.
Sur les murs, on a collé des tibias les uns au dessus des autres, tous de la même taille, pour former l’impression de pilastres. Dans les petites niches en haut des murs, on a mis des rotules ce qui donne un aspect bosselé très raffiné. La lumière étant tamisée, tous ces ossements d’une couleur entre le blanc, le jaune, et toutes les nuances de gris jusqu’au presque noir donnent un effet de mouvement assez réussi. Les murs sont aussi bosselés, ce sont des hauts de crânes et des têtes de fémur collés les uns à coté des autres.
Cinq mille personnes ont contribué à la décoration intérieure de cette chapelle. Un léger dégout apparaît en voyant tous ses ossement, mêlé de gène face à l’irrespect envers tous ces morts.
Cette chapelle a été construite par un moine franciscain au 16e siècle pour montrer à ses frères la vanité de la vie et les pousser à la conversion. A l’entrée de la chapelle, il est indiqué :
« nous, os qui sommes ici, attendons les autres.»
Le message est violent, mais imparable : mortels nous sommes, morts, nous finirons.
On peut toutefois s’interroger sur la santé mentale d’un moine qui se lance à déterrer des milliers de cadavres pour en recouvrir les murs d’une église, et à exalter la mort alors que sa religion est basée sur la résurrection précisément. On peut se demander pourquoi personne ne s’est élevé contre ce qui peut être considéré comme de la profanation de cimetière. Enfin, on peut se demander pourquoi on fait toujours visiter cette chapelle, décidemment d’un gout douteux.
Cette fascination de la mort est liée à l’époque à laquelle cette chapelle a été construite, bien loin de notre refus et peur de la mort. Voir cette mort étalée aussi crûment choque notre habitude de la cacher, jusqu’à l’oublier, ou vouloir la maitriser. Le dix-septième siècle est morbide parce qu’il exalte la mort qui est vue comme romantique. C’est l’époque des tableaux qu’on appelle des vanités, où un saint homme ou un notable tient dans sa main un crâne, pour nous faire méditer sur le caractère vain de notre existence terrestre, en dehors du Salut divin.
Cette fascination du lugubre et de l’extraordinaire se vend particulièrement bien aux touristes, c’est sans doute ce qui a sauvée ce monument témoin d’une époque révolue.