Noir de noir

Publié par Sabine Canneva le 08/07/2010

La nuit il fait noir. Nous avons découvert ce phénomène naturel tout à fait surprenant au Portugal sur les routes perdues de campagne, où l’on avait l’impression d’être dans une mauvaise série américaine des années 1950 imbibée d’angoisse d’extraterrestres et d’arrivée occulte des soviétiques. Pas seulement dans les routes de campagnes, mais même dans des endroits sensés être civilisés, le Portugal respecte les économies d’énergie électriques, et on ne voit rien sur les routes.

 

 

L’effet du décalage horaire est saisissant. Le Portugal ne passe pas à l’heure d’hiver, ils ont donc une heure de retard. Enfin, pas tout à fait, puisqu’ils sont quand même à l’extrême ouest de l’Europe, le décalage réel est peut-être de l’ordre de la demi-heure. N’empêche, à 17h en hiver, il fait nuit. Sensation suédoise ou de ciel très très très pluvieux, les heures d’ensoleillement sont drastiquement réduites, et le moral en prend un coup (de soleil). Les automobiles ont des phares, mais vous constatez à cette occasion qu’en fait, ils n’éclairent pas grand-chose. Quand il s’agit de se déplacer et de trouver son chemin à la seule lueur des phares, qui ne sont jamais orientés vers le bon panneau indicateur, l’exercice devient délicat.

 

La nuit fait tomber le sommeil sur l’organisme. Logique, quand il fait nuit on dort, mais quand il est 17h45, cette envie de dormir est soudainement un peu handicapante. Nous étions donc en train de théoriser sur le fait que le Portugal est le pays du Noir (c’est bien connu après tout), surtout la nuit. Et puis notre chemin nous a ramené vers des contrées connues, voir natales. Et là surprise, même en France, la nuit aussi il fait noir. Des routes totalement obscures avec des misérables phares qui tentent de percer cette noirceur nous ont effrayées et interrogées. Pourquoi avons-nous oublié que la nuit, il fait noir ? Au point même d’être presque gênés de se déplacer avec cette faible lumière.

 

Et bien le nœud du problème vient sans doute de Paris, où le soleil ne se couche jamais. Tout comme il n’y a jamais de silence dans cette ville, il n’y a jamais de noir. Nulle part ou presque dans la capitale, on peut trouver un endroit vraiment obscure. Quant au ciel, il est tellement éclairé de toutes parts qu’il en est jaune. Plus personne n’est surpris de voir un ciel jaune la nuit, ou plutôt tout le monde est surpris qu’il fasse noir la nuit.

 

Heureux Portugal, et campagnes françaises qui ferment encore les yeux quand il fait nuit, et se reposent au calme. 

 

Pour un petit document vidéo exclusif "noir de noir"! 

http://blogsab.regards-sur-ailleurs.fr/blog/Dcalage-horaire-/107.html

Tags: éclairage, Nuit, Portugal

Les golfs, l’or de l’Algarve

Publié par Sabine Canneva le 02/07/2010

14 golfs, 234 trous, plus de 80 kilomètres de parcours, 300 jours de soleil par an, à 2h30 de Londres ou de Paris et le tout sur une distance de 40 kilomètres entre Albufeira et Faro en Algarve, Sud du Portugal baigné par l’océan. Les chiffres sont édifiants pour un amoureux de la petite balle, et c’est bien pour cela qu’on compte autour de 5 millions de touristes pour 400 000 habitants, dont une grosse majorité de Britanniques et d’Allemands.

Que rêver de plus effectivement, lorsqu’on a envie de siroter un scotch avec ses amis après une bonne partie de golf, et éviter ainsi le climat si discutable d’Angleterre ?

 

Extrêmement britannique, le golf s’est logiquement développé dans les pays du Commonwealth, cette activité prenant une connotation très huppée avec le temps. Le Portugal a des liens historiques très anciens et surtout économiques avec son lointain voisin maritime. Au 18e siècle, la Grande Bretagne a des privilèges économiques importants au Portugal. Le tout premier golf du Portugal aurait été crée par des Britanniques, il va sans dire, en 1890 près de Porto. En 2009, on compte 50 terrains de golfs dans tout le pays.

 

Nouveau venu dans la tradition, il s’avère que le Portugal surfe sur la vague du tourisme spécialisé. Le climat est propice à cette activité en plein air, les régions du Sud disposaient de terrains agricoles inoccupés, de la proximité avec la mer, et souffraient d’un retard économique considérable. Les anglais ont eu la bonne idée de vouloir tous résider dans cette région pour profiter du soleil et des prix imbattables à cause de la différence de niveau de vie. L’Algarve est alors devenu le paradis de tous ces étrangers aisés, une sorte de « château en Espagne » des Français à la même époque. Comme en Andalousie, région limitrophe de l’Algarve coté espagnol, le modèle économique et immobilier de la résidence golfique est né : dans la campagne de l’arrière pays littoral, on plante du gazon pour le golf, et autour des résidences de vacances achetées à prix d’or par les étrangers. Ces complexes se retrouvent totalement isolés des villages avoisinants, ce qui n’est d’ailleurs pas un problème ni pour les portugais, ni pour les anglais, chacun heureux de résider chez lui. La chute dramatique des ventes à cause de la crise financière a laissé un certain nombre de ces résidences sur le carreau. Grande également est la question de la gestion de l’eau. Beaucoup les accusent de gaspiller les ressources déjà pauvres, et même de polluer. Qu’en est-il exactement ?

 

Comme en France et en Espagne, une prise de conscience générale en matière d’écologie et de maitrise des ressources se produit. Le pays a vu arriver avec des yeux avides les devises du tourisme, vitales pour son développement, et les considérations sur la nature n’avaient tout simplement pas droit de cité. Désormais l’explosion touristique a eu lieu, la crise économique fait reprendre raison, et le Portugal se lance lui aussi dans le vert : la société Oceanico golf détient neuf golfs en Algarve et développe des actions écologiques ; panneaux solaires, réduction de la consommation d’eau du complexe, irrigation raisonnée notamment. En effet, la mauvaise réputation des golfs tient également à la présence d’installations hôtelières très importantes, qui elles aussi sont extrêmement consommatrices d’eau. Un touriste en vacances utilise la piscine et la salle de bain de façon immodérée, la résidence ferait donc plus de dégâts que le golf. Même, les défenseurs des golfs font entendre que ceux-ci participent à la préservation de la biodiversité puisque ces grandes étendues végétalisées exemptes d’activités bruyantes sont le refuge de quantité d’animaux. Le nombre impressionnant de golfs sur la cote d’Algarve laisse espérer que développement touristique et préservation de la nature peuvent cohabiter, la réputation écologique faisant désormais partie du marketing. 

Un petit survol de ces paysages de golfs à perte de vue.

Tags: Algarve, Britanniques, golfs, Portugal, tourisme

La morue conquérante

Publié par Sabine Canneva le 20/06/2010

Les Portugais et la morue, c’est une longue histoire, comme les Français et les cuisses de grenouille ou la baguette. On va vous dire au Portugal que bien sûr, les Portugais ne mangent pas de morue tous les jours, pourquoi pas non plus au petit déjeuner pendant que vous y êtes.

Et d’ailleurs, ils ont bien raison de manger de cette saine morue, et en particulier sa fameuse huile, souvenir si impérissable aux enfants à la santé fragile il y a quelques générations.

 

Pourtant, il n’y a qu’au Portugal, et dans le Nord de l’Espagne qu’une odeur curieuse vous prend au nez dans tous les supermarchés au rayon boucherie/poissonnerie : des montagnes de morues salées et séchées empilées entre le rayon poissonnerie et boulangerie. On finit par s’y faire au bout d’un moment. L’aspect étant quelque peu curieux, il n’est pas facile de savoir de quelle façon se mange la bête.

 

La morue est aussi appelée Cabillaud, et sous cette appellation, elle parait moins portugaise, et fait moins penser à cette horrible huile dont on gavait les enfants. En portugais on l’appelle bacalhau, et il existe quelques centaines de recettes pour la cuisiner : en gratin, cuite à la vapeur, grillée, il y en a pour tous les gouts. En effet, la morue a des qualités nutritionnelles « quasi exceptionnelles » (selon le site Portugalmania, site de Portugais de France :

http://www.portugalmania.com/gastronomie/bacalhau.htm)

La morue contient plus de protéines que toutes les viandes courantes (bœuf, mouton, porc, poulet) pour presque pas de graisses. La morue n’est pas encore à la mode dans les régimes amaigrissants des jeunes citadines branchées, mais cela ne saurait tarder.

 

Mais pourquoi donc les Portugais sont quasiment les seuls à profiter de ce produit miracle en Europe ? Et bien, la morue a participé aux grandes découvertes qui ont changé la face du monde à partir du 15e siècle, rien que ça.

 

En effet, les voyageurs portugais étaient des navigateurs hors pairs, capables d’aller très tôt jusqu’au nord de l’Europe où ils péchaient ce poisson encore abondant à l’époque. Ils ont découverts qu’il était possible de le saler et de le faire sécher, en conservant ses qualités nutritives pendant très longtemps. Voilà le dernier élément qui a permis d’envisager des expéditions au long cours alors que jusque là on était incapable de conserver de la nourriture si longtemps. La morue a participé à la conquête du monde…

 

Comme nous sommes dans un sujet « léger », je ne résiste pas à vous indiquer l’adresse de la Désencyclopédie, odieux pastiche du sérieux wikipédia, qui alimente tous les plus bas et vils préjugés. Celui sur le Portugal est mémorable !! J

http://desencyclopedie.wikia.com/wiki/Portugal

Tags: morue, Portugal, tradition

Chinatown au Portugal

Publié par Sabine Canneva le 20/06/2010

Dans toutes les villes, quelque soit la taille, on trouve au Portugal un ou plusieurs magasins chinois ; ils sont tous quasiment identiques : une entrée pas du tout soignée ni d’allure « commerciale », avec des articles pendus ou présentés sur le trottoir, et une enseigne en chinois et/ou en portugais. Les commerçants chinois sont réputés depuis plusieurs années pour « coloniser » absolument chaque recoin de la planète avec leur marchandise à bas prix. Ils sont aussi réputés pour vendre des « chinoiseries », des objets à des prix divisés par 5 ou 10 par rapport à une boutique européenne. Bien entendu, à ce rythme là on les soupçonne de nous vendre une piètre qualité, voire des produits dangereux.

 

Pourtant, quel étrange plaisir de déambuler dans ces boutiques, où vous finissez par ne plus savoir si vous êtes au Portugal, en France, ou encore ailleurs dans le monde tellement les produits sont indifférenciés. On trouve de tout et pour « rien ». Des bouillottes, des couvertures, des assiettes en plastique comme dans leurs restaurants, des chaussures, de la lingerie, etc, etc. Les chinois sont quand même très forts pour s’adapter parfaitement aux circonstances : même si très peu d’entre eux sont chrétiens, ils n’ont pas été longs à vendre des sapins de Noël, des guirlandes et des crèches dans leurs magasins. On a même trouvé des statues de Jean Paul II en plastique, fluorescente en option.

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Là où ils sont aussi très bons, c’est qu’ils proposent des bricoles que personnes d’autres ne vend. Allez essayer de trouver un pyjama adulte ultra chaud dans un « vrai » magasin, à moins de le payer 60 euros, ce n’est pas possible. On considère que les adultes ne veulent plus dormir avec un chat en nounours sur la poitrine, et bien il existe un marché pour cela, et les chinois, eux l’ont compris ! En fait, les Chinois n’ont pas de complexes ; seuls comptent les affaires, et tout le monde y gagne : eux, et les clients de niche du pyjama en nounours qui trouvent enfin le produit introuvable, et en plus à un prix ridiculement bas. Pour alimenter tous ces magasins, on peut voir des zones industrielles presque entièrement rachetées par la communauté chinoise où tous les entrepôts ont des enseignes en chinois, pas même traduites en Portugais.

 

Même s’il existe au Portugal une immigration chinoise ancienne liée à la décolonisation en Afrique (Angola et Mozambique), leur arrivée nombreuse est récente.

En 2001, il y avait 3.953 résidents chinois autorisés. Bien sûr, ce chiffre ne tient compte ni des Chinois qui ont acquis la nationalité portugaise, ni des personnes sans titre de séjour.

En 2007, ils étaient 9.689 (http://en.wikipedia.org/wiki/Overseas_Chinese) ce qui reste très peu comparé à la France par exemple qui compte 230 000 personnes officiellement.

 

L’immigration chinoise au Portugal ne comporte pas réellement de particularités. Il s’agit souvent de personnes arrivés en Europe par la France ou l’Espagne, et qui s’installent au Portugal en second choix. Il s’agit aussi très souvent (50%) de regroupements familiaux. Ce qui est toujours impressionnant, c’est de voir l’homogénéité de cette communauté. Dans toutes les boutiques, les enfants jouent dans le magasin, ou font leurs devoirs. Les heures d’ouvertures sont tellement larges que les gens vivent littéralement dans leur boutique. Tout le monde met la main à la pate, et à part les chiffres, peu sont capables de s’exprimer en portugais.

 

Se choquer qu’ils ne cherchent pas à parler correctement la langue du pays, et qu’ils n’adoptent pas les coutumes locales est mal les comprendre. Arrivés ici pour faire des affaires, il n’est souvent pas question pour eux de rester dans leur pays d’accueil plus longtemps que nécessaire, rentrer en Chine ou partir vers un autre pays. Rester au Portugal n’a pas forcément de sens pour eux, d’ailleurs, tous leurs contacts sont en Chine ou en France, où la communauté est beaucoup plus grande.

 

Pour aller plus loin, voici une étude du Centre d’études sociales de l’université d’économie de Coimbra : http://www.ces.uc.pt/publicacoes/oficina/241/241.pdf

Tags: Chine, Chinois, immigration, Portugal

L’artisanat : la tradition transformée pour servir la modernité

Publié par Sabine Canneva le 20/06/2010

La magnifique ville d’Evora rend hommage aux arts populaires dans un petit musée moderne et accueillant. La région a en effet de nombreux artisans qui produisent des produits assez différents. Des séquences documentaires présentent chaque métier de façon assez ludique :

la fabrication de poupées en argile et peintes à la main, la poterie au tour, la poterie spécifique de la région incrustée de petits éclats, le travail de l’étain, des découpes sur papier, de la laine et du tissage, ou les sculptures sur liège, récolté dans la région, son travail artisanal est donc spécifique à cette région. Sur tous les bords de route, on voit des arbres déshabillés jusqu’aux premières branches.

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Evora se trouve dans la région du Portugal de l’Alentejo, centre du pays au sud de Lisbonne, zone aride et pauvre. L’artisanat était pratiqué dans les fermes dans les collines, le soir ou l’hiver, comme souvent dans les campagnes.

 

Ce petit musée n’a pas la prétention d’être une référence touristique majeure. Il présente les savoir-faire traditionnels en commençant par les présenter historiquement depuis la fin du 19e siècle, période qui serait « originale », ou non encore pervertie par le progrès du machinisme.

Quelques poteries, des ouvrages de broderies, ou du papier finement découpé qui ont sans doute du mal à passer tout à fait inaperçu dans nos intérieurs industriels et pratiques.

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Toutefois, quelques réelles tentatives de remodeler, au sens propre, la tradition : ces poupées d’argile dont le look a été totalement transformé, pour ne plus présenter le costume traditionnel, mais une satire sociale humoristique :

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Le musée présente la défense de ce patrimoine populaire comme source de l’identité nationale portugaise. Ainsi, la mise en valeur de l’artisan et du paysan sert une quête identitaire. Si les régions au Nord du Tage ont été littéralement vidées de leur jeunesse dans les années 60 par l’émigration, cette région de l’Alentejo a été un peu moins touchée. Le besoin d’affirmer la fierté d’être resté au pays et d’en assumer les traditions s’affirme ici, et le musée insiste sur ce thème.

 

Etre fier de ses traditions ne signifie pas rester endormi sur ses jolies poteries et sculptures de liège. Là-aussi le musée insiste et explique doctement au visiteur que la recherche d’authenticité sert l’innovation, gage de développement à l’avenir: celui du tourisme. En effet, si les campagnes se sont désertifiées au profit des grandes villes, ces calmes villages apparaissent désormais comme un havre recherché par les touristes oppressés par les grandes agglomérations européennes. Puisant dans les sources ancestrales, le musée veut nous faire croire que les artisans sont désormais les champions de l’innovation créative au service d’une « clientèle aux exigences de qualité » ; en clair, toujours les touristes.

 

Il suffit d’aller faire un tour dans les rues d’Evora et des villes alentours, et de regarder les articles proposés dans les boutiques pour touristes. Effectivement un magasin rue du 5 octobre à coté de la place de la Giralda présente des articles variés en liège traité.

 

Des sacs lookés, des portefeuilles, des articles de bureau élégants sont présentés dans les vitrines, à des prix proches de ceux des grands magasins de Paris. Celui qui veut faire des affaires au Portugal en est pour ses frais.

 

Les dizaines d’autres magasins présentaient quant à eux des cartes postales, des porte-clés en liège, des poteries bleues et colorés, et tous, le même modèle ou presque de repose cuillère.

 

On peut alors s’interroger sur la réelle innovation des artisans locaux. On peut aussi s’interroger sur les exigences de qualité des touristes, qui, bien souvent, ne veulent pas de l’authentique, mais un souvenir de voyage. Peu lui importe de savoir si la pièce a bien été peinte comme il y à 70 ans, ce qu’il veut, c’est un objet qui fasse « portugais ». On pourrait même aller jusqu’à dire qu’il veut le même repose cuillère que son voisin, qui lui aussi est venu au Portugal il y a quelques années et qui l’avait ramené en guise de trophée authentique.

Entre le discours officiel et présentable de la défense du patrimoine local et la réalité du commerce existe un fossé : la rentabilité !

Tags: artisanat, Evora, liège, Portugal

Le miracle des roses

Publié par Sabine Canneva le 15/06/2010

A Estrémoz, petite ville de l’Alentejo au Portugal, au sujet de cette statue, on raconte que la Reine Isabelle du Portugal, épouse du roi Denis, a été accusée par son mari de donner aux pauvres du pain caché sous son manteau. Elle est contrainte d’ouvrir son manteau et le miracle se produit : au lieu des pains, tombe une pluie de roses, ce qui la sauve de son odieux mari. La reine Sainte Isabelle, née en 1271, et morte en 1336 a été canonisée en 1625.

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Cette jolie histoire est rappelée par cette statue de marbre blanc resplendissant sur la place du donjon à Estremoz, lieu de sa mort. Cette petite ville se trouve en effet dans une importante région d’extraction de marbre. Tout est en marbre, on fait les trottoirs avec des petits morceaux de pierre issus des carrières, les façades, et donc aussi les statues.

 

Isabel du Portugal n’est pas la seule à avoir changé du pain en roses. Sainte Elisabeth de Hongrie échappe ainsi à la colère de son père, Sainte Roselyne échappe à son mari, Sainte Casilde de Tolède échappe à la vengeance de son frère musulman, et enfin, la version masculine avec Saint Diego d’Alcala en Espagne qui échappe a son supérieur.

Même recyclé, le miracle demeure touchant. Les roses sont, à l’époque médiévale, le signe de la présence de Dieu. La tradition populaire qui transmet ce miracle a donc été marquée par la grandeur de cette femme et elle traduit son admiration par ce miracle de la présence des roses. La statue elle-même est intéressante. On l’a fait blanche resplendissante, dans la pierre dont l’extraction fait vivre toute la région : le marbre. On l’a fait haute pour qu’elle domine la place dans la ville haute où elle a été placée, et derrière elle toute la campagne avoisinante. On l’a fait aussi un peu hautaine, assez peu expressive, dans une posture très rigide. Sainte Isabelle devient alors un peu mythique, et chacun à sa guise, peut se la réapproprier dans sa propre histoire. 

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Tags: Estremoz, marbre, Portugal, roses

L’église Saint Laurent d’Almancil : une leçon de morale en azuleros bleutés.

Publié par Sabine Canneva le 04/06/2010

« Le plus remarquable de l’Algarve et, sans aucun doute, un des plus singulier du Portugal. Ce qui revient à dire que c’est un des plus extraordinaires du monde dans son genre. »

 

 

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 Rien que ça ! Les brochures touristiques sont toujours un peu emphatiques, ça fait partie du jeu. L’Eglise de Saint Lourenço en Algarve, à l’extrême Sud du Portugal est originale il est vrai. C’est une jolie petite église blanche avec un clocher carré et des volutes élégantes dans un petit groupe de maisons à coté d’Almancil. Pas grand-chose autour, des champs à la rigueur. C’est l’intérieur qui est peu banal : il est entièrement recouvert de carreaux d’azuleros bleutés. Ces carreaux sont un lointain héritage de la présence arabe dans cette région pendant plusieurs centaines d’années. Après leur départ, les portugais ont gardé cette tradition et se la sont appropriée. Ils se sont en particulier libérés de la règle de l’Islam sunnite de ne pas représenter de figures humaines. Les azuleros sont donc devenues l’occasion de grandes fresques, comme ici.  Toute l’église est recouverte de carreaux bleutés sur la vie de Saint Laurent, c’est d’ailleurs la seule Eglise au Portugal dédié à Saint Laurent qui est pourtant un saint espagnol et donc voisin, et un saint assez connu. (Saint Laurent d’Espagne bien sûr)

Laurent est un martyr du troisième siècle, qui a péri à Rome sur le supplice du feu pour lui faire renoncer à sa foi. Il est donc communément représenté tenant à la main un grill.

 

Chacune des six arcades dans la nef de l’église représente un épisode de la vie de saint Laurent : le moment où il réalise qu’il va devoir vivre le martyr, son emprisonnement parce qu’il avait donné les biens de l’église aux pauvres, ou encore son refus devant les romains de renier sa foi. Le style est assez simple, et fait penser aux « indiennes », ces toiles imprimées dans les manufactures royales françaises à cette époque. Elles propageaient des motifs souvent bucoliques de petites bergères courtisées à coup de fleurs par de gentilshommes.

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Pourtant, il y a bien une recherche de grandeur dans ces motifs. L’architecture de l’église est droite et sans effet, mais les carreaux tracent par le jeu du trompe l’œil un effet théâtral. Cela fait dire à la brochure que la coupole est d’une telle beauté que : « selon le livre des Trésors artistiques du Portugal, elle est considérée comme une des plus belles du pays et de toute l’Europe, n’ayant d’égale de celle de Rome. » Revoilà le petit coté exagéré de la brochure.

 

En effet, la coupole est ornée de colonnettes qui peuvent donner une impression de hauteur. La voute centrale gagne en perspective par l’effet d’une colonnade inspirée de celle de la place Saint Pierre à Rome. Chaque scène de la vie de Saint Laurent est traitée à la manière des grands maitres italiens qui usaient de vues d’architectures pour cadrer la scène. Les effets de perspectives donnent une résonnance majestueuse à la scène, qui devient quelque peu mythique. De même autour de chaque scène, une balustrade porte deux femmes qui tiennent des vertus en portugais au dessus des scènes. Le fait d’avoir écrit ces vertus en portugais fait penser à un rôle moralisateur qu’on a voulu donner à cette église exceptionnelle. L’exemple de Saint Laurent qui refuse de renier sa foi et donne sa vie pour elle, est surmontée du mot « liberté », « persévérance », ou « obéissance ».

 

L’obéissance à sa foi et la liberté par rapport à l’oppresseur, voilà bien un message toujours d’actualité !

Tags: Almancil, Azuleros, Portugal, Saint Laurent

S. Vincete d’Albuferia : du Portugal au Japon

Publié par Sabine Canneva le 31/05/2010

A Albufeira au Sud du littoral portugais, que la jet set fréquente en masse l’été, au détour d’une rue pas très loin de la mer, on tombe sur une petite église blanche avec un portail élégant comme elles sont légion dans cette région. Le soleil quasi perpétuel, les dizaines de plages, les hôtels immenses, et le niveau de vie qui a été longtemps très bas par rapport au reste de l’Europe a fait d’ici une usine à touristes au milieu de ravissantes ruelles blanches. Cette petite église a été transformée en mini musée où une quinzaine d’objets sont présentés, des objets liturgiques assez banals et quelques jolies statues. Une petite salle a été réservée à l’enfant du pays : Vicente Simoes de Carvalho, encore appelé Vincente de Santo Antonio. Dans ce carrefour touristique, il est touchant de penser qu’au 16e siècle, un jeune du pays est parti au bout du monde pour être missionnaire !

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Né en 1590, il devient prêtre de la congrégation des Augustins Récollets. Cette branche de l’ordre religieux des Augustins vient alors d’être créée dans la région de Tolède en Espagne et a comme idée de revenir à la pureté des origines. Leur vocation est l’enseignement et les missions d’autant que les grandes découvertes viennent d’avoir lieu, la terre s’est soudainement  agrandie. Le jeune Vicente part vers ces nouveaux horizons, au Mexique d’abord, puis au Japon en 1623. Il participe ainsi à la suite de François-Xavier, qui y a débarqué en 1542, à une entreprise d’évangélisation passionnante mais ardue. Les Jésuites et à leur suite les missionnaires d’autres familles spirituelles déploient des efforts d’adaptation et de traduction pour tenter de transmettre le message chrétien à une culture qui ne les accueille pas si facilement. Surtout, le pouvoir politique voit d’un mauvais œil qu’on empiète sur ses prérogatives religieuses. Le Japon est un pays lettré qui a une longue histoire philosophique et religieuse derrière lui. Les missionnaires ne peuvent se contenter de prôner le message chrétien, ils doivent argumenter dans la langue locale et se faire comprendre à partir des concepts japonais. Des études poussées sont menées, une grammaire est écrite, des écoles et des séminaires sont ouverts pour former le futur clergé japonais.

 

Mais en 1614, les chrétiens sont considérés comme un danger pour le pays et la persécution commence. Nagazaki au Sud du pays est le dernier bastion chrétien. Dès leur interdiction, un certain nombre de missionnaires jésuites portugais sont chassés du pays même si certains tentent de rester dans la clandestinité. Jusqu’en 1638, c’est toute la communauté chrétienne qui est décimée méthodiquement dans un bain de sang. Le Japon se ferme pour plusieurs siècles, jusqu’en 1868 où commence l’ère Meiji, la réouverture du pays au reste du monde. Des milliers de chrétiens ont été tués et parmi eux plus de 600 ont été béatifiés par le Vatican.  

 

Vicente sera martyrisé lui aussi le 3 septembre 1632 à Nagazaki en compagnie d’autres missionnaires portugais, espagnols, mexicains et japonais. Il a été béatifié en 1867 par Pie IX.

 

Depuis, l’extrémité ouest du continent européen à quelques kilomètres d’Albufeira a été baptisé cap San Vincent en son honneur. De là on ne peut qu’être tourné vers la mer et les autres continents. 

Tags: Albufeira, japon, missionnaire, Portugal, San Vincete