14 golfs, 234 trous, plus de 80 kilomètres de parcours, 300 jours de soleil par an, à 2h30 de Londres ou de Paris et le tout sur une distance de 40 kilomètres entre Albufeira et Faro en Algarve, Sud du Portugal baigné par l’océan. Les chiffres sont édifiants pour un amoureux de la petite balle, et c’est bien pour cela qu’on compte autour de 5 millions de touristes pour 400 000 habitants, dont une grosse majorité de Britanniques et d’Allemands.
Que rêver de plus effectivement, lorsqu’on a envie de siroter un scotch avec ses amis après une bonne partie de golf, et éviter ainsi le climat si discutable d’Angleterre ?
Extrêmement britannique, le golf s’est logiquement développé dans les pays du Commonwealth, cette activité prenant une connotation très huppée avec le temps. Le Portugal a des liens historiques très anciens et surtout économiques avec son lointain voisin maritime. Au 18e siècle, la Grande Bretagne a des privilèges économiques importants au Portugal. Le tout premier golf du Portugal aurait été crée par des Britanniques, il va sans dire, en 1890 près de Porto. En 2009, on compte 50 terrains de golfs dans tout le pays.
Nouveau venu dans la tradition, il s’avère que le Portugal surfe sur la vague du tourisme spécialisé. Le climat est propice à cette activité en plein air, les régions du Sud disposaient de terrains agricoles inoccupés, de la proximité avec la mer, et souffraient d’un retard économique considérable. Les anglais ont eu la bonne idée de vouloir tous résider dans cette région pour profiter du soleil et des prix imbattables à cause de la différence de niveau de vie. L’Algarve est alors devenu le paradis de tous ces étrangers aisés, une sorte de « château en Espagne » des Français à la même époque. Comme en Andalousie, région limitrophe de l’Algarve coté espagnol, le modèle économique et immobilier de la résidence golfique est né : dans la campagne de l’arrière pays littoral, on plante du gazon pour le golf, et autour des résidences de vacances achetées à prix d’or par les étrangers. Ces complexes se retrouvent totalement isolés des villages avoisinants, ce qui n’est d’ailleurs pas un problème ni pour les portugais, ni pour les anglais, chacun heureux de résider chez lui. La chute dramatique des ventes à cause de la crise financière a laissé un certain nombre de ces résidences sur le carreau. Grande également est la question de la gestion de l’eau. Beaucoup les accusent de gaspiller les ressources déjà pauvres, et même de polluer. Qu’en est-il exactement ?
Comme en France et en Espagne, une prise de conscience générale en matière d’écologie et de maitrise des ressources se produit. Le pays a vu arriver avec des yeux avides les devises du tourisme, vitales pour son développement, et les considérations sur la nature n’avaient tout simplement pas droit de cité. Désormais l’explosion touristique a eu lieu, la crise économique fait reprendre raison, et le Portugal se lance lui aussi dans le vert : la société Oceanico golf détient neuf golfs en Algarve et développe des actions écologiques ; panneaux solaires, réduction de la consommation d’eau du complexe, irrigation raisonnée notamment. En effet, la mauvaise réputation des golfs tient également à la présence d’installations hôtelières très importantes, qui elles aussi sont extrêmement consommatrices d’eau. Un touriste en vacances utilise la piscine et la salle de bain de façon immodérée, la résidence ferait donc plus de dégâts que le golf. Même, les défenseurs des golfs font entendre que ceux-ci participent à la préservation de la biodiversité puisque ces grandes étendues végétalisées exemptes d’activités bruyantes sont le refuge de quantité d’animaux. Le nombre impressionnant de golfs sur la cote d’Algarve laisse espérer que développement touristique et préservation de la nature peuvent cohabiter, la réputation écologique faisant désormais partie du marketing.
Un petit survol de ces paysages de golfs à perte de vue.
La capitale européenne de la culture en 2016 sera en Espagne d'après la nouvelle procédure de désignation. 14 villes sont en lice pour ce titre, dont Malaga qui lance ses concitoyens dans cette quête un peu à la façon des jeux olympiques. Le grand Sud andalou, oublié par la croissance économique cherche à se rattraper.
Malaga peut se permettre de rouler des mécaniques étant de loin la ville la plus importante dans cette liste. La municipalité a mis en place un rouleau compresseur pour écraser ses rivales, et on imagine que Cuenca ou Ségovie, qui affichent toutes deux 50 000 habitants ne résisteront peut-être pas au million d'habitants de l'agglomération de Malaga.
Et c'est vrai que cette ville est agréable. Des beaux bâtiments, un joli centre ville moderne avec des magasins typiques : Zara, Benethon, Massimo Dutti, Cerruti, Kookai, Max Mara,
mmm que de l'original comme vous voyez !
La Méditerranée lui donne le soleil, l'ouverture sur le monde et Malaga ne se prive pas d'en faire état. Malaga surfe aussi sur Picasso, qui a une image de plus en plus chic et moderne. Le musée Picasso est présenté comme un musée de premier plan, qui présente une facette assez méconnue du peintre. Toutefois, même si le bâtiment est très bien mis en avant, les collections sont assez modestes comparativement au tapage fait autour de ce musée.
L'Andalousie, au sud de l'Espagne, a été longtemps uniquement une province agricole et aride. Le vin, les olives et les légumes ont été sa seule richesse, jusqu'à ce que le soleil devienne la matière première de son industrie touristique. Depuis l'ère des vacances en masse, l'Andalousie cherche à s'imposer comme une destination ensoleillée toute l'année. Des villes comme Marbella, Torre Molinos, Amunecar sur la Costa del sol ne sont plus que des alignements de résidences secondaires et de retraités, sans oublier les restaurants et les boites de nuit. La candidature de Malaga, renforcée par celle de Cordoue montre l'enjeu pour le Sud de se tirer de notre fameuse crise par le haut, par le soleil. La culture est vue comme une opportunité de croissance économique, vitale en ces temps difficiles.
Cordoba, ancienne capitale des Maures, joue d'avantage sur son histoire et sa sagesse, même si Malaga a une histoire non moins longue. La ville de Cordoba est plus discrète, plus bourgeoise peut-être, et plus sûre de sa valeur puisque son centre ville est déjà inscrit sur la liste de l'UNESCO au titre du patrimoine mondial de l'humanité. L'issue de cette bataille entre ces deux villes au passé presque millénaire, l'une moderne et bruyante, l'autre forte de sa discrétion, sera donnée en 2012 ! d'ici là, d'autres villes les auront peut-être devancé et auront ravi cette couronne qui donne des ailes à la culture dans une ville.